16 septembre 2011

Lemaître sous la loupe.

L’entraîneur personnel de Christophe Lemaître absent pour maladie, Renaud Longuèvre a pris le rôle de conseiller auprès de l’athlète, pour l’épauler dans ses ultimes préparatifs.

Un exploit à sa portée

Pour le chrono, j’avais cette conviction il y a longtemps. J’ai eu cette conviction, à Stöckholm au Championnat d’Europe par équipe au mois de juin. Il avait 2 ou 3 mètres de vent, il faisait 10 degrés, il pleuvait. Ce jour-là, il fait 20’’28. Je dis à Pierrot, il vaut 19’’85. Après je peux vous refaire la saison. Le meeting de Paris, la panne de chrono. Le championnat de France, le vent. Ce n’était pas les conditions. Ce n’était pas le moment, il a choisi le meilleur moment.

 

Une force mentale hors norme

Mentalement Christophe est quelqu’un d’exceptionnel. Il a une capacité à se concentrer quand il est sur la piste qui est extraordinaire. Quand vous, quelque chose vous écraserait, lui, ça le booste ; Il a du stress, comme tout le monde. Il y a des gens qui transforment le stress en quelque chose d’inhibant, qui vous prive de vos ressources. Mais lui, au contraire, ça le booste. Juste avant de rentrer en chambre d’appel, je lui ai dit Prends du plaisir. Il m’a dit, Je sais, ne t’inquiète pas. Je lui ai dit, nous on n’a pas un championnat de ligue 1, on ne joue pas tous les week-ends, on n’a pas un stade rempli comme ça tous les week-ends. Il m’a dit Ca, c’est sûr !  Ces ambiances-là, c’est ce qu’il adore, ce qu’il aime, c’est son terrain d’expression ! Vous dire pourquoi, je ne sais pas. C’est très dur quand c’est l’inverse, qu’on est face à des athlètes très talentueux, mais qui au contraire sont écrasés par la pression, on n’a pas forcément les clefs por inveser la vapeur. Par contre, quand cest comme ça de manière innée, on a juste à laisser faire.

 

Ses adversaires, et les anciens talents

Christophe ne s’occupe pas de ça. Dans la finale, il ne s’set pas occupé de ses adversaires, de leurs intentions. Il voulait d’abord effacer son record ; et après regarder combien il est classé ; il avait vraiment comme ambition de bouffer le Panaméen et Ndure au 8. Et je pense que le fait que Ndure ait sorti une très très belle course, a poussé Christophe à aller encore un peu plus loin dans ses ressources. C’est ce qui lui a permis de sortir ses 9’’80., ce qui est un top chrono. Je note aussi qu’il est en super état physique après ses six courses, alors que l’an dernier, pendant tout le championnat, je vous confie qu’on n’était pas rassurés avec ses adducteurs, toutes ces petites inflammations qui l’ont perturbé depuis 2/3 ans. Il est en train de devenir de plus en plus costaud, de plus en plus apte à récupérer entre les ours. I

Dans ses départs d’échauffement avant la finale, il était dans une forme incroyable je lui ai dit ne touche plus à rien, tu es sur le point d’équilibre entre l’amplitude et la fréquence. Laisse toi guider par les courbes, tu es comme un mec lancé dans un bobsleigh, tu te laisses glisser dans les lignes. Tu t’es offert le couloir 6 que tu voulais. Fais des choses simples. On avait échangé avec Pierre son entraîneur avant de partir, et on était tout à fait d’accord pour dire qu’un garçon comme ça n’avait surtout pas besoin d’un coach-gourou, qui lui susurre les mots magiques. Le boulot, il le fait dans les 10-11 mois qui précèdent. Là, grand coup de chapeau à Maître Carraz. Humainement, j’apprends aussi beaucoup à son contact, j’ai beaucoup d’affection , c’est plein d’émotions

 

Maître Carraz

Il mérite, car ce type là, il a bossé pour son club, pour des garçons, à 11’’5 au 100 m, il a donné autant que pour un Christophe Lemaître. Il est cette récompense, un garçon don du ciel. Je trouve ça d’une beauté, d’une justice totale. Il a sa maison près du stade, la camionnette d’Aix les bains. Il a toujours procédé avec la même passion quel que soit l’athlète. Jusqu’à 21 heures au stade le soir. Que ce soit pour Christophe Lemaître ou pour un garmin qui n’avait pas de talent et n’allait pas plus que le championnat de France. C’est aussi une consécration pour Pierre Carraz. Mais je suis allé trop loin sur le mot consécration. Car moi j’ai le sentiment qu’il n’a que 21 ans, que c’est le garçon qui a le plus progressé depuis deux ans sur le sprint mondial, et j’ai l’intime conviction qu’un jour, il se présentera dans un championnat de niveau mondial avec l’ambition d’être le champion.

 

Ses points forts

Vous avez vu la concentration dans les starts. Il a une faculté dans les s moments importants que j’ai connue avec Ladji Doucouré en 2005, par exemple Sentir que c’est maintenant qu’il faut élever le niveau de concentration et qu’il faut donner plus que ce que lui-même se croit capable de faire. Cela n’appartient qu’à lui, personne ne peut plus rien pour lui, il n’y a que Christophe sur la piste.

Il a aussi une qualité de pied incroyable, des appuis, des compas immenses. Un sprinter, c’est un ensemble, c’est physique, c’est technique, c’est mental. C’est aussi tactique. Gérer les séries, les demi, bien faire le boulot pour se chopper un bon couloir, c’est la part tactique.

 

Son évolution

Il évolue dans tous les plans, il y a deux ans, il ne contrôle pas ses émotions, il se fait éliminer en quart à Berlin. Là, vous avez vu quand le secteur concentration, mental, il a nettement mûri de 19 à 21 ans. Sur le plan physique, l’année dernière à Barcelone, ses adducteurs sifflaient de plus en plus fort à mesure que la compétition avançait. Cette année, on arrive à la finale du 200 m, il y zéro problèmes. Il est costaud. Il est en train de devenir pro. Il progresse dans la récupération entre les tours, il progresse aussi en puissance. Ses perfs du 100m contribuent à la progression sur 200 m. quand on gagne en puissance dans le 100 m, on gagne aussi dans la phase d’accélération du 200 m

 

Le secret de sa progression t

L’entraînement. Avant la course, quand je lui ai dit, maintenant, il faut que tu finisses ton truc, tu as très bien fait tes séries, ta demi, tu t’es offert le meilleur couloir, maintenant, tu vas au bout de ton travail. Il me dit ouais, maintenant, je me dis qu’avec tout le boulot que j’ai fait à Miami, ça servira peut-être à quelque chose si j’ai une médaille ; j’ai renchéri, le boulot que tu as fait t’a déjà servi pour rentrer dans le top 4 du 100 mètres. Quoi qu’il arrive, tu vas cherche les mecs du 7 et 8, tu donnes tout, pour aller taper ton record. Il m’a dit le boulot que j’ai abattu, je n’ai jamais bossé aussi fort cette année. Et là, je reviens encore sur son entraîneur. Quelle intelligence ! Pendant le stage à Miami, il y avait Bercy 4 semaines après, et Christophe faisait des virages. Il s’en rappelle, « Ces virages que j’ai bouffés ! » On était à six mois de l’échéance, son coach n’avait pas le nez sur la vitre, il ne pensait pas simplement à un petit 60 m en salle, il avait une vision, une ambition mondiale. Il avait tout construit. Ca ne se joue pas sur des paroles magiques de dernière minute, c’est une vraie évolution, une vraie planification de programmation depuis Berlin. Et même depuis qu’il est gamin !

 

Le travail et encore le travail

Tout talent ne peut voir le jour s’il n’y a pas de  travail. Un talent sans travail, ça donne un champion d’Europe junior ou champion du monde junior. Le talent, c’est ce qu’il a fait à Bydgowhycz. Un coureur sans talent peut atteindre la finale, finir 6ème, 7ème. Le talentueux travailleur monte sur le podium.

 

Ses futurs progrès

Dans le domaine de la puissance. Il a entrepris un gros travail, il s’est amélioré. ! Ce paramètre là peut s’améliorer sur 4-5-6 ans. Le travail de développement de la force n’a été débuté qu’il y a deux ans. On peut attendre encore des progrès dans ce domaine. Et puis continuer à bosser la technique, à mettre du gainage, et le virage.

22:34 Écrit par Serge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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