30 août 2010

L'étonnant entraîneur de Christophe Lemaître

Par Alain Mercier- Le Figaro.fr

Faisons connaissance avec l'entraîneur du prodige français.

Paradoxe : le sprint aime se nourrir des règles et usages du passé. En Jamaïque, Usain Bolt s’entraîne au petit matin sur une piste en herbe, où personne n’a jamais vraiment su où tracer la ligne de départ. À Aix-les-Bains, Christophe Lemaitre a grandi en écoutant sans broncher les paroles d’expert d’un entraîneur à l’ancienne.

 

Pierre Carraz, un visage sans âge posé sur un corps sans rondeurs, n’a jamais fait de l’athlétisme son métier. «Bénévole», martèle-t-il comme un arbitre brandit un carton jaune. Longtemps, il a rejoint le stade – un hippodrome en fait – sitôt la fin des cours, après une journée passée en survêtement comme prof d’EPS. Aujourd’hui, il se dit à la retraite. Mais dans ses journées, pas le moindre temps mort.

 

«Dans un club comme le nôtre, il faut un peu tout faire, explique-t-il. Depuis l’an passé, Christophe et les autres sprinteurs du groupe occupent beaucoup de mon temps. Mais je continue à entraîner les sauteurs, les coureurs, les hurdlers. » Et, évidemment, tout le monde est logé à la même enseigne… Pour Jean-Claude Perrin, l’ancien meneur de troupes de la perche français, il appartient à une race en voie de disparition : «Celle des entraîneurs de club, passionnés et désintéressés, capables de repérer les jeunes talents et de les accompagner au plus haut niveau.

 

Pierre Carraz se souvient sans erreur de sa première rencontre avec l’enfant prodige. «Christophe avait participé à une course dans une fête du sport d’un village. La piste était en pente et un peu tordue, mais il avait tapé dans l’œil d’un animateur. On me l’a amené au club. Il avait 14 ans. En quelques semaines, il courait le 100 m en 11”80. Un mois plus tard, il en était à 11”40. Il était maladroit et mal coordonné, à cause de sa grande taille. Mais je n’ai jamais vu un tel phénomène. Et pourtant, j’ai eu la chance de croiser quelques très bons athlètes, pendant toute ma carrière.

 

L’athlétisme, Pierre Carraz l’a toujours vécu sans retenue, avec largesses. Sans surprise, il était donc décathlonien. Devenu entraîneur, il avoue aujourd’hui, à force d’insister, avoir été sollicité au moins une fois pour rejoindre Paris, la Fédération et l’ambiance élitiste de l’Insep. Il a refusé. «Qu’est-ce que j’aurais été faire dans un endroit pareil, tellement loin de mes montagnes et de ma tranquillité ?», interroge-t-il sans attendre une réponse.

«Nous y avons toujours cru»

À Aix-les-Bains, il veut croire que le tourbillon médiatique provoqué par le chrono de son protégé – 9”98 au 100 m - ne les perturbera pas longtemps. Et il s’emporte devant le flot de questions sur la portée historique de la performance, cette référence insistante au premier Blanc sous les 10 secondes. «La vitesse n’a jamais été une affaire de gènes ou de couleur de peau. Christophe a travaillé. Et, tous les deux, nous y avons toujours cru, sans nous fixer de barrières…»

 

Pierre Carraz a 70 ans. Il en paraît bien dix de moins avec son teint de moniteur de surf, mais refuse de voir plus loin que la fin de l’olympiade (2012). «J’ai promis à ses parents d’accompagner Christophe jusqu’aux Jeux de Londres. Après, j’aurai sans doute passé l’âge. Le haut niveau n’est plus ce qu’il était. Les athlètes y sont souvent capricieux.

 

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21:13 Écrit par Serge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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